Neuf pistes de tarification équitable

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Comme vous le savez peut-être, Amélie a lancé récemment des ateliers d'écritures en ligne qui font un tabac !

Une particularité de son modèle, c'est que les ateliers sont à prix libre : les participant·e·s choisissent librement le montant qu'illes souhaitent contribuer en fin d'atelier.

Cette expérimentation, qui fonctionne plutôt bien jusqu'ici, nous a amené à discuter de différents modèles de tarification.

La question du prix juste est une question que se posent régulièrement les initiatives qui souhaitent rendre leur offre accessible au plus grand nombre, et qui souhaitent s'inscrire dans une économie qui cherche l'équité entre les partie prenantes (une économie libertaire ?).

La question pourrait être reformulée ainsi : comment trouver le juste équilibre entre accessibilité de la valeur d'une part, et subsistance, pérennité et confort d'autre part, le tout en ayant une relation économique équitable ?

De nombreuses expérimentations explorent donc cette question, au-delà du paiement obligatoire au montant fixe et universel.

Voici neuf premières pistes, qui seront volontiers complétées de vos contributions en réponse à cette lettre (merci d'avance ;-)

Dons facultatifs

Certain·e·s font le choix d'un accès totalement libre aux ressources qu'illes mettent à disposition, et de demander des dons facultatifs pour permettre la pérénnité de l'initiative.

Un exemple mondialement connu est Wikipédia.

C'est aussi le modèle choisi par de nombreux bloggeurs, créateurs de podcast et de vidéos, comme par exemple le permaculteur Damien Dekarz, ou les stagiaires-bloggers de Floraisons.

Ceci favorise l'accessibilité maximale de la valeur produite, mais nécessite d'avoir une activité très visible et une communauté très engagée pour réussir à répondre aux enjeux de subsistance et de pérennité de l'initiative.

Montant suggéré

Une variante sur le modèle du don facultatif est le modèle du don facultatif avec montant suggéré.

Afin de guider le contributeur dans le choix du montant de son don, la personne ou l'initiative qui produit la valeur propose un montant de don indicatif sensé pointer vers le juste équilibre entre accessibilité et pérénité.

Un exemple de ce modèle est la plateforme de financement participatif HelloAsso, qui suggère une commission de 10 % sur les dons offerts via la plateforme, pour financer le fonctionnement de cette dernière. On peut toutefois augmenter cette contribution... ou la baisser à 0 %.

Un autre modèle de suggestion, utilisé aussi bien dans le cadre de contributions facultatives ou obligatoires, est un certain niveau de transparence sur les coûts. C'est monnaie courante dans le financement participatif, où les demandes de contribution s'accompagnent généralement d'un budget prévisionnel plus ou moins détaillé.

Librement payant

Vient ensuite le modèle "librement payant". J'ai croisé cette expression la première fois sur le blog de Ploum, qui est librement payant depuis plusieurs années.

L'idée du modèle "librement payant" est de demander une contribution obligatoire, mais dont le montant est libre.

Le cas du blog de Ploum est intéressant, dans le sens où il demande une contribution obligatoire, sans avoir pour autant installé de "paywall" limitant l'accès à son blog après paiement.

L'association Terr'Eveille demandent également une participation consciente à ses stages de "travail qui relie". Elle est obligatoire et à montant libre, nominatif et connue seulement des organisat·eur·rices.

Terr'Eveille choisit ensuite de partager anonymement aux membres de chaque stage les montants moyens, minimum et maximum contribués.

Ce caractère anonyme ou nominatif du don, l'indication d'un montant suggéré, et la fixation d'un plancher (ou d'un plafond ?), ainsi que la diffusion plus ou moins large des montants contribués, sont autant de paramètres intéressants à explorer dans ce modèle.

Modèle "Freemium"

Un autre modèle très répandu est le modèle "freemium", qui mélange des produits et services librement accessibles avec des produits et services à paiement obligatoire.

Si il est pratiqué par des multinationales du numérique, comme Microsoft avec Skype par exemple, il est également pratiqué par des indépendants ou des petits acteurs, notamment des bloggers, comme Emily Wapnick du blog Puttylike, qui propose un certain nombre de ressources gratuites sur son site, mais un accès payant à une communauté de membres.

On notera qu'Emily Wapnick offre également deux bourses par mois (sur 70 nouveaux admis chaque mois), disponibles sur demande et sélection compétitive sur critères sociaux et de motivation, pour un accès gratuit à la communauté.

C'est aussi le cas d'entreprises plus conséquentes, comme le média en ligne Mediapart, qui produit des émissions gratuites chaque semaine, mais dont l'accès aux articles est en grande partie réservé aux abonnés.

Certains acteurs engagés vers une économie plus équitable trouvent dans ce modèle un équilibre entre l'accès libre à des ressources qu'illes jugent précieuses, et une rémunération plus certaine (?) permettant leur subsistance.

Tarifs "moyens limités" et "de soutien"

Un autre modèle est une tarification diversifiée (par opposition à universelle) selon les moyens des client·e·s, comme le propose par exemple la bibliothèque d'objet la Manivelle, avec un tarif "moyens limités" pour celleux qui en auraient besoin, et un tarif "de soutien" pour celleux qui pourraient et souhaiteraient soutenir l'accessibilité et le développement de la bibliothèque.

Des variantes de ce modèle existent avec et sans justification nécessaire pour l'accès au tarif "moyens limités".

D'autres variantes existent avec une échelle de tarifs continue, plutôt que par palier, en proportion du revenu imposable, par exemple. C'est le cas à Episol, une épicerie solidaire à Grenoble, qui facture en fonction des revenus du foyer.

Dans ce cas, le/la créateur·ice de valeur maîtrise les tarifs, mais travaille à l'accessibilité en mettant en place une mécanique de solidarité entre ses client·e·s.

Cafés (et autres) suspendus

Un modèle qui a été également plutôt médiatisé est le modèle du café suspendu. Le principe ? Payer un café d'avance pour quelqu'un qui pourra ensuite venir en profiter sur simple demande.

Le/la créat·eur·rice de valeur crée ainsi une solidarité directe (et généralement anonyme) entre des personnes souhaitant faciliter l'accès au produit ou au service à des personnes pour qui il pourrait être difficile.

Le tarif reste fixe et universel du point de vue du/de la créat·eur·ice de valeur qui propose cette mécanique.

Un soucis souvent pointé avec les deux derniers modèles et le stigma que peut représenter le fait de demander activement le tarif de soutien, comme c'est le cas avec les aides sociales d'état, qui décourage potentiellement les bénéficiaires d'en faire la demande.

Redistribuer les surplus

De nombreuses initiatives proposent également de redistribuer tout ou partie de leurs bénéfices à d'autres initiatives qu'elles souhaitent soutenir.

C'est le cas par exemple du moteur de recherche Lilo et de quelques autres.

Chiffres d'affaires maximal

On notera également l'exercice original du designer Gauthier Roussilhe, qui a décidé de se fixer un chiffres d'affaires maximal basé sur ses besoins financiers de l'année, qu'il partage avec un niveau remarquable de transparence.

Cette proposition fait écho au revenu maximum acceptable, proposé entre autres par le parti pour le Décroissance, ou encore aux capped returns, une incitation à définir un plafond aux dividendes reversés aux actionnaires qui investissent dans une entreprise.

Démonétiser

Enfin, d'autres initiatives, critiques de l'échange monétaire, explorent également la "démonétisation" de leurs activités : elles cherchent à réduire leur usage de la monnaie dans les échanges.

C'est le cas par exemple de Cargonomia, qui démonétise en partie la rétribution de ses contributeurs.

Cela fait écho aux expérimentations de Mark Boyle, qui a tenté de vivre un an sans argent, et de Nus et Culottés, qui voyagent sans argent à travers l'hexagone et au-delà.

Ce modèle invite à échanger de la valeur indépendamment de l'accès parfois difficile que l'on peut avoir à une monnaie "rare", comme le sont les monnaies nationales.

D'autres partisan·e·s de ce modèle (comme Mark Boyle) invoquent également le souhait de ne sortir d'une logique monétaire qu'illes jugent socialement et écologiquement destructrice.

D'autres pistes ?

Voici donc neuf premières pistes de modèles de tarification qui cherchent un équilibre dans l'accessibilité de la valeur créée et la pérénnité des créat·eur·ices de cette valeur, ainsi qu'une certaine équité dans les transactions entre les parties prenantes impliquées.

Ravi d'avoir vos réactions à ces pistes, à l'intérêt de cette quête d'équilibre et d'équité, ainsi que vos contributions éventuelles pour compléter l'inventaire !

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