S'auto-former à l'ingénierie engagée

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J'en avais déjà parlé cet hiver : il y a, à l'EPFL, un grand écart croissant sur l'analyse des enjeux écologiques entre les étudiant.e.s les plus passionné.e.s de la question, et le reste de l'école, incluant une bonne partie du staff.

Les grèves du climat, particulièrement bien suivies étant donnée le rapport à la manifestation de masse en Suisse romande, ont rendu la question fortement visible, à tel point que l'école a lancé une "task force" sur la question, après les nombreuses interpellations des étudiant.es, et des pétitions regroupant des milliers de signataires au sein de l'institution.

Les positions des un.es et des autres évoluent vite, et c'est enthousiasmant, comme le montre le webinaire organisé ce mardi soir sur l'innovation low-tech, en présence (virtuelle) de représentant.es du Low-tech Magazine et du Low-tech Lab.

Ce webinaire est organisé par, et c'est remarquable, le forum de recrutement de l'école, qui, pour rappel, invite habituellement sur le campus les entreprises (les moins pires comme les pires) en quête des "têtes bien faites" de l'institution.

Côté éducation, ça évolue plus doucement que dans les associations étudiantes, et certain.e.s étudiant.es aimeraient bien voir le contenu des cours se renforcer sur certaines questions essentielles à l'ingénieur du XXIè siècle.

A défaut de voir l'institution évoluer aussi vite que nous le souhaiterions, nous avons donc décidé, avec le groupe des Ingénieur.es engagé.es de Lausanne, de nous "auto-former".

Cette approche est compliquée à comprendre, au sein d'une institution et d'un monde académique qui pose l'expertise comme impératif.

En effet, qui sommes-nous, pauvres amateur.ices, pour nous "auto-former" ? Et comment peut-on, par définition, se former sur un sujet dont on ne maîtrise rien ?

Nous sommes, pour cela, allés nous inspirer des précédents, notamment du côté de l'éducation populaire.

Ces précédents remettent en perspective le rôle de l'expert, et donnent surtout des outils pour se former sur des sujets, parfois complexes, via l'information disponible.

Ces formats font également appel à notre esprit critique, nos capacités d'auto-défense intellectuelle et à notre discernement par rapport aux informations que l'on peut trouver.

Des compétences attendues des ingénieur.es, qui ne sont pas sensé.es automatiquement faire confiance aux expert.es, ni aux documents trouvés sur la toile.

Ainsi, à l'automne, nous avons conçu et organisé un cycle de repas-débat, durant lequel nous avons partagé des documents radiophoniques que nous jugions inspirants, puis facilité à tour de rôle, selon différents formats, une discussion sur la base de ces documents. Le tout en dégustant un bon repas du Castor Freegan.

Nous avons ainsi abordé des sujets comme le rôle de la technologie dans la transition écologique, l'impact de l'automatisation sur la pénibilité du travail, la propriété privée, industrielle et intellectuelle, ou encore la contribution du nucléaire à la lutte contre le changement climatique.

Ces discussions ont ensuite été relatées dans des articles publiés sur le Canard Huppé, le journal de l'association Unipoly, qui nous héberge.

Au début du confinement, l'envie était présente de continuer à organiser des rencontres en ligne, notamment dans le cadre du lancement du Réseau Alternatif Ouvert Universitaire Lausannois.

Nous avons donc opté pour un nouveau format : une version modifiée de l'arpentage.

Ce format consiste à se partager la lecture de documents sur un sujet, puis de mutualiser et restituer collectivement nos notes de lectures.

Nous avons donc proposé la restitution de nos notes "en public" via une série de webinaires. Sur la base de cette première partie, nous engageons ensuite une discussion avec les participant.e.s, facilitée par l'un.e d'entre nous.

Ce format a induit une pression de plus : nous allions publiquement, nous-mêmes, parler de sujets que nous venions tout juste de découvrir ! Parfois même devant des spécialistes ou les auteurs du document arpenté !!!

Ceci a rudement renforcé notre sentiment d'imposture... que nous avons dissout autant que possible en précisant toujours notre démarche : la restitution de notes de lectures d'un document inspirant, sans vocation à nous présenter comme des experts du sujet.

Nous avons bénéficié, comme d'autres durant cette période, de la "prime au sujet de niche". En effet, si nos événements en présentiel à Lausanne ont rarement eu plus de 50 participant.es, nous en avons atteint de 60 à 100 participant.es avec nos webinaires, venu.es pour beaucoup de France, voire de Belgique.

Une belle façon d'échanger avec un public plus large qui s'intéresse aux même sujets que nous.

Nous avons enregistrés nos webinaires, donc si vous le souhaitez, vous pouvez ré-écouter le premier (on y parle de low-tech, et de leur potentiel de changement social), le deuxième (on y parle de low-tech appliquées à l'agriculture) et le troisième (ingénierie et décroissance).

Si vous préférez lire, voici les notes du webinaire sur les low-tech appliquées à l'agriculture, ou encore de celui sur l'Ingénierie et la décroissance.

Ce sont des enregistrement bruts, loin d'être aussi bien travaillés et scénarisés qu'un podcast, mais le contenu partagé nous a en tout cas intéressé en tant que participant.es !

Un quatrième webinaire (low-tech appliquées à l'habitat) aura lieu le 18 mai prochain à 18:00. Tous les détails seront bientôt annoncés ici également.

On se réjouit des de voir l'EPFL prendre ces questions à bras le corps dans sa formation de base et obligatoire... cela nous permettra d'aller arpenter encore plus loin !

Si vous êtes dans la région lausannoise et que vous souhaiteriez rejoindre notre petite équipe, n'hésitez pas à nous contacter.

Et aussi, est-ce que vous avez des expériences d'auto-formation à partager pour nous inspirer ?

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